J’écris des romans le matin avant d’aller passer ma journée avec des chiffres dans des tableurs Excel.
Si ça te paraît un peu paradoxal, je t’explique dans cette chronique comment j’en suis arrivée là.
Blanche-Page, c’est la newsletter où je partage ma double vie d’autrice et salariée : les avancées sur mon roman, les prises de conscience, et tout ce qui se passe entre les deux. Abonne-toi pour suivre l’aventure !
Chronique de la semaine
Si tu es de la génération millennials, comme moi, alors tu as dû grandir avec cette idée : travaille bien à l’école, fais de grandes études et tu pourras faire le travail que tu veux.
Maintenant tu as 30 ans passé, tu travailles depuis au moins 10 ans et tu es peut-être en train de te demander si tu ne t’es pas fait arnaquer.
J’ai rigoureusement coché toutes les cases : lycée général, bac S avec mention bien, suivi d’une licence dans une université prestigieuse et d’un master spécialisé sélectif. En contrôle de gestion.
Attends une minute.
Quand on te demandait à l’école primaire le métier que tu rêverais de faire plus tard, as-tu une seule fois songé à « contrôleur de gestion » ? Et bien moi non plus (si c’est le cas de quelqu’un, s’il te plaît manifeste-toi).
Il y a donc quelque part sur le chemin où ça a cafouillé. Je voulais être comédienne ou écrivaine. Mais j’ai compris assez rapidement le besoin d’avoir un métier peut-être plus stable et moins précaire. Je n’aime pas trop l’incertitude ni l’insécurité financière donc ok, je cherche autre chose : je veux être journaliste.
Pour être journaliste, il fallait une licence, suivie d’une école de journalisme. C’est comme ça (avec quelques rebondissements comme un échec au concours Science Po) que je me suis retrouvée dans une licence d’économie-gestion à Dauphine, et c’est là, je pense, que j’ai oublié de bifurquer.
C’était une école tellement prestigieuse, et on en bavait tellement, que c’était juste impensable de ne pas aller au bout avec le saint graal master sélectif de Dauphine. Je visais alors des métiers dans le marketing : qui associent créativité et business, sur un marché pas trop bouché (et quoique, aujourd’hui ça se discute).
Le journalisme, ou tous les autres métiers de ma liste d’enfant, je n’y pensais même plus du tout.
Mais là, ma route pavée de mes différents succès scolaires qui devaient me mener au métier de mes rêves s’est sévèrement fissurée. J’ai été refusée du master en marketing. J’ai donc été forcée de prendre une sacrée déviation : le contrôle de gestion. Et je ne saurais jamais si le marketing était véritablement un métier de rêve ou bien juste une autre illusion.
Me voilà donc contrôleuse de gestion. Major de ma promo.
J’ai respecté tout ce qu’on m’a dit : bien travaillé à l’école, eu des bonnes notes, fait des études. Et après 8 ans à exercer, je peux le dire : je fais un métier qui ne vend pas du rêve (sorry not sorry de l’admettre). Pas étonnant qu’aucun enfant ne l’écrive sur son papier de présentation à l’école.
Donc nous les millennials, on s’est construit sur l’idée qu’on devait faire un métier épanouissant. Celui qui concrétiserait le « si tu es passionné par ce que tu fais tu n’auras jamais l’impression de travailler ». Ça ne me dérange pas de faire des présentations de forecast, mais de là être passionnée ? Really ?
Pour les millennials, ne pas aimer son métier c’est quasiment un aveu d’échec.
Je crois que nous sommes la seule génération (la gen Z on veut bien de vous aussi) à avoir vraiment cette valeur du travail ancrée en nous : tu dois aimer ton travail. Il doit avoir du sens pour toi. Tu dois t’épanouir dans ton travail. Sinon à quoi ça sert ?
Cela donne toute une génération de trentenaires, perdue dans leur vie, qui se demande tous les jours pourquoi ils font ce qu’ils font. Avec leur métier de rêve d’enfant resté enfoui dans leur cœur : écrivains, chanteurs ou athlète professionnel, et cette question en arrière plan « et si j’avais osé ? »
Et si tu es comme moi, alors tu fais ton métier de rêves qui ne paie pas en parallèle de ton métier qui paie. L’un parce qu’il contribue à ton épanouissement personnel et l’autre parce qu’il répond à tous tes besoins fondamentaux.
Leçon de la semaine
J’aurais peut-être dû utiliser une boussole dans mes choix d’orientation.
Expérience de la semaine
J’envoie cette newsletter un lundi, au lieu de notre rendez-vous dominical, car ce week-end, j’étais en escapade à Londres. Je m’y rends de temps en temps avec pour seul but de voir des comédies musicales au West End. La comédie musicale est ma deuxième grande passion avec l’écriture. Les deux ne sont pas si éloignées : les deux ont pour but de raconter des histoires, divertir et émouvoir.
Ce week-end, j’ai été voir Moulin Rouge, l’adaptation sur scène du film avec Nicole Kidman et Ewan McGregor. Et quelle claque ! Avec une mise en scène magnifique (on en parle de ce décor ?), des comédiens ultra talentueux et des effets waouh, c’est une pièce très accessible pour les non initiés aux spectacles du genre Broadway.
Sans spoiler, même si la fin est triste (j’ai pleuré toutes mes larmes devant le film), j’ai trouvé que la pièce conservait quand même un ton plus léger. J’ai plus ri que pleuré cette fois, et c’était exactement ce dont j’avais besoin ce week-end.
Une pensée pour toi
Cette chronique est le fruit d’une réflexion sur le travail uniquement basée sur mon ressenti et celui de mon entourage. N’hésite pas me partager le tien !
Quel était ton métier de rêve quand tu étais enfant ? As-tu réussi à le réaliser ?
Sinon, comment vis-tu le fait de ne pas vivre de ton métier de rêve ?
À bientôt, Sophie ✦





Coucou !
Team chiffres aussi, comptable en cabinet-> le métier qui ne fait rêver personne
J’étais nulle en maths, j’étais promise à une carrière de violoniste, ou d’un emploi dans le monde du cheval, et puis POF, la vie.
Aujourd’hui j’aime bien mon travail, et si on me dit « si tu pouvais facilement changer tu ferais quoi ? », je crois que j’aurais beaucoup de mal à répondre
C’est assez intéressant en soi ! Pas parce que mon métier me passionne.
Parce que la plupart des métiers qui, je le pense, me plairaient, occasionnent des contraintes que je ne serai pas prête à accepter du tout.
Je voulais d'abord être conducteur de train, puis de métro, puis pilote de chasse dans mon adolescence, mais ma vue a soudain baissé, donc le rêve, zéro. On a voulu me cantonner en comptabilité, mais je préférais philosophie, aussi j'ai fait philosophie, sans aucun débouché puisque j'ai raté mes études. J'ai donc travaillé dans la sécurité après l'armée (oui je suis vieux), puis la sécurité m'a donné l'occasion de travailler sur l'écriture, qui elle-même m'avait été inoculée par mon père et les amis rôlistes). Aussi en 2000 j'avais 4 romans et un recueil de nouvelles publiés, ce qui m'a donné une porte d'entrée comme scénariste chez Cryo. Puis je suis devenu auteur à plein temps jusqu'en 2018 (et j'en vivais plutôt bien). Et maintenant je me suis reconverti, ghostwriter, conseiller en écriture, correcteur, traducteur et rédacteur des débats. Mais je continue la création, pour un retour en force afin que ma retraite puisse faire éclore une bonne vingtaine de romans à venir (sans compter les nouvelles).
Voilà.
Je voulais être pilote de chasse, je suis devenu auteur. Incroyable, mais vrai.